Un dernier budget qui marque l’abandon définitif de la démocratie participative !

Benoit Vandewalle est intervenu à l’occasion du Budget Primitif 2020 pour constater l’abandon total de la démocratie participative et des objectifs de participation des citoyen au cours du mandat 2015-2021.

La démocratie participative est une politique qui n’existe pas au Département du Nord, ou du moins, qui n’existe plus.

Quelques mois après le renouvellement du Conseil départemental, Didier MANIER avait interpellé en séance plénière sur la vision de la majorité départementale en matière de participation citoyenne et plus précisément sur l’avenir réservé à la démocratie participative au Département. 

Madame Dezitter avait alors annoncé une évaluation des dispositifs existants, la volonté d’assurer une plus grande implication des Conseillers départementaux et le souci d’élargir le cercle des participants. Madame Dezitter proposait même une réflexion pour mieux valoriser les travaux du Conseil Départemental des Jeunes.

Concernant les Conseils cantonaux de concertation, le Président du Département avait ajouté qu’il était nécessaire de les adapter aux nouveaux cantons et à l’élection de binômes.

Nous sommes aujourd’hui dans la dernière année pleine du mandat départemental. Or, force est de constater que la problématique de la participation citoyenne a complétement disparu des radars.

Depuis 2011, le Département du Nord avait pourtant développé une véritable politique de démocratie participative cohérente et intégrée reconnue à l’échelle nationale. Cette politique comportait entre autres :

– des dispositifs de participation pérennes tels que le Conseil Départemental des Jeunes, les Ateliers Citoyens et les Conseils Cantonaux de Concertation ;

– une Mission dédiée et rattachée auprès du Directeur Général des Services afin de permettre l’impulsion d’une véritable culture de la participation, de l’évaluation et de la transversalité au sein de l’administration départementale ;

– et un dispositif de e-participation avec le site internet jeparticipe.lenord.fr

Aujourd’hui, nous constatons que le Nord, hier à la pointe dans ce domaine, a cheminé à rebours des autres collectivités.

Les Ateliers Citoyens Départementaux qui permettaient de co-construire chaque année une politique publique ont disparu. Entre 2012 et 2015, ce sont pourtant entre 1200 et 1700 personnes par an qui ont travaillé à nos côtés sur le Projet Educatif Global, le Schéma Liberté Mobilité 2030, le Bien vieillir et la lutte contre les discriminations.

Plus personne ne parle des Conseils Cantonaux de Concertation qui rassemblaient encore hier près de 1800 personnes dans 40 cantons pour échanger au plus près sur les problématiques de territoire.

Le site internet dédié jeparticipe.lenord.fr a été purement et simplement supprimé.

La Mission Démocratie Participative a été dissoute. La Médiation départementale n’est plus à l’ordre du jour et le Pôle Médiation et Défense des Droits a également disparu.

L’examen du dernier Budget Primitif du mandat est l’occasion de mettre le doigt sur une politique qui ne coûtait presque rien mais qui portait progressivement ses fruits.

Pourtant, le constat d’une forme de fatigue démocratique devrait nous alerter collectivement et nous inviter à en prendre toute la mesure. Elle prend différentes formes : le retrait des citoyens de la chose publique, l’abstentionnisme croissant aux élections ou bien encore l’absence d’implication dans des réunions de concertation. Les raisons de ce désintérêt sont nombreuses. Mais on y trouve en priorité le sentiment de ne pas être entendu par les représentants élus.

Il en découle un sentiment d’inefficacité des politiques publiques qui obéiraient à des impératifs financiers et idéologiques éloignés des préoccupations des citoyens. Il en découle cette course au « dégagisme » lors des élections pour sortir les sortants.

Au sein de notre Conseil départemental, nous sommes bien sûr loin d’avoir tous les leviers pour répondre à cette crise démocratique et de la représentation.

Pour autant, nous, élus de la République, avons aussi des responsabilités dans ce domaine. Nous devrions savoir faire preuve d’innovation démocratique. 

C’est modestement ce que nous avons tenté de faire dès 2011 en impulsant au Département du Nord une nouvelle politique en matière de démocratie participative.

Naturellement, et c’est le propre de toute innovation, tout était loin d’être parfait. De nouvelles formes d’expression et de participation étaient sans doute encore à inventer. Mais cela avait le mérite d’exister, de produire de la matière nouvelle pour construire nos politiques publiques et d’aller chercher la participation de publics qui n’en avaient pas l’habitude.

En 2015, la majorité LR-UDI-DVD-LaREM a décidé de tout arrêter brutalement, considérant sans doute que ces formes nouvelles de participation étaient, sans doute, ni nécessaires et ni souhaitables.

Aujourd’hui, nous faisons ainsi le constat d’une forme de défaillance dans la gouvernance du Département. Tout cela est bien regrettable.

De notre sens, il ne faut pas avoir peur d’être à l’écoute des Nordistes et il est nécessaire de se donner les moyens de co-construire les politiques publiques de demain. A l’heure des contraintes budgétaires, de la transition écologique, des enjeux en matière de mobilité… la participation citoyenne n’est pas un problème mais une partie de la solution.