SDACR : la nouvelle feuille de route des sapeurs-pompiers dans le Nord

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Lundi 29 juin, le Conseil départemental a examiné la révision du Schéma départemental d’analyse et de couverture des risques (SDACR). Henri Gadaut est intervenu pour soulever les principaux objectifs et défis au cours des années à venir.

L’enjeu principal de ce document est assez clair : défendre un service public des secours performant pour protéger au mieux les Nordistes et notre territoire, et ce comme diraient certains, « quoi qu’il en coûte ».

Nous étions notamment attachés à ce qu’il n’y ait pas de dégradation des délais d’intervention. Aussi, nous nous réjouissons de l’engagement du SDACR à fournir un moyen de secours adapté en moins de 15 minutes dans 96% des cas.

Le maintien d’un maillage territorial des secours resserré associé à la mutualisation des moyens avec notamment le Département du Pas-de-Calais, de l’Aisne ou nos voisins belges permet à notre sens de remplir les objectifs solides inscrits dans le SDACR.

Ce Schéma permet notamment de réinterroger trois risques qui se présentent désormais à nous d’une manière plus prégnante.

Un premier risque se fait de plus en plus important en lien avec le réchauffement climatique et la récurrence des épisodes de sécheresse sur notre territoire, c’est celui des feux de forêt, d’incendies dans les espaces naturels ou en plein champs.

Nous voyons bien que cela implique une adaptation de la répartition des moyens sur le terrain, l’adaptation de certains matériels vers du tout terrain plus polyvalent (ex du remplacement de FPT urbains par des FPT hors route en zone rurale) ou bien le renforcement des porteurs d’eau.

Un second risque doit aussi attirer pleinement notre attention, c’est le risque technologique. L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen a mis en lumière l’importance de ce type de risque sur nos territoires particulièrement industrialisés. Dans le Nord, 3 nouveaux projets de site Seveso seuil haut devraient voir le jour en 2020 et 2021 sur la zone industrielle portuaire de Dunkerque et sur la métropole lilloise. Le nombre de sites Seveso seuil haut devrait ainsi être porté à 37 d’ici trois ans ce qui est tout sauf négligeable.

Cela implique naturellement des effectifs et des moyens matériels adaptés. Mais le cas de Rouen a aussi interrogé la question de la bonne information des riverains sur les réflexes à adopter en cas de sinistre, l’information des populations en situation de crise mais également la protection des premiers intervenants, sapeurs-pompiers comme policiers.

Enfin, le dernier risque que nous abordons désormais avec un regard neuf, c’est bien le risque sanitaire lié à une pandémie. Ce Schéma a été travaillé bien en amont de la crise de la covid-19 et je pense nécessaire de se donner les moyens d’en tirer toutes les conséquences opérationnelles au cours des prochains mois. Certes, la question du risque pandémique est traitée, mais l’ampleur de ce que nous venons vivre doit nous permettre, par exemple, d’anticiper de nouveaux stocks de matériels de protection – FFP2, sur-blouses ou gel hydro-alcoolique – qui ont pu être en tension au cours de ces dernières semaines.

Pour l’avenir, le SDIS 59 devra également relever de nombreux défis.

Il y a d’abord la nécessité de maintenir un niveau d’investissement ambitieux afin de pouvoir renouveler régulièrement les matériels mais aussi d’offrir des conditions d’exercice correctes aux sapeurs-pompiers. C’est pourquoi, nous avons accueilli favorablement le renforcement du budget investissement du SDIS au cours des derniers exercices budgétaires même si son niveau de consommation n’est pas encore satisfaisant.

Naturellement, il sera nécessaire d’y intégrer une réflexion sur la rationalisation de nos implantations administratives. Nous connaissons actuellement un éclatement sur plusieurs sites lillois des équipes administratives et de la Direction Départementale. Or, le nouveau SDACR ne mentionne plus le projet de regroupement de la Direction Départementale et des services administratifs sur le terrain attenant au Codis-CTA de Villeneuve d’Ascq. J’ai bien noté néanmoins l’étude pour établir un Centre de traitement des appels (CTA) unique à l’horizon 2024. Est-ce que ces deux chantiers seront menés conjointement ?

Si tel était le cas, les prochains exercices budgétaires du SDIS nécessiteront un effort particulier d’investissement qui permettra néanmoins à terme de réaliser des économies de fonctionnement que nous souhaiterions voir redéployer sur les missions opérationnelles.

Un second défi tient dans la capacité du SDIS à séduire de nouveaux sapeurs-pompiers volontaires au cours des prochaines années. Nous suggérons qu’un chantier soit engagé afin de valoriser cet engagement et de renforcer les conventions avec les gros employeurs de notre territoire, collectivités comme entreprises privées. Il nous faudra également veiller à préserver le maillage de proximité des CIS qui facilite l’engagement des volontaires.

Le troisième défi concerne la protection des sapeurs-pompiers alors que nous voyons bien les agressions et incivilités se renforcer ces derniers mois. Comme le fait très bien le SDIS, il nous faut être systématiquement aux côtés et au soutien de nos sapeurs-pompiers victimes d’agressions ou d’incivilités et être intraitable. En parallèle, nous soutenons l’expérimentation des caméras individuelles afin de sécuriser les interven­tions du quotidien.

Sur ce point, nous vous renvoyons notamment au rapport de la Mission d’information diligentée par le Sénat et dont le rapporteur n’est autre que notre collègue Patrick Kanner. Le rapport formule ainsi dix-huit propositions afin de prévenir les agressions, de diminuer leurs effets lorsqu’elles se produisent ainsi que d’en réparer les conséquences et sanctionner leurs auteurs une fois que les agressions se sont produites. Ces propositions portent notamment sur la formation des sapeurs-pompiers, l’adaptation de leurs matériels et la coordination des forces « bleu, blanc, rouge » pour sécuriser leur champ d’intervention.

Le dernier défi et non des moindres concerne la question des effectifs de sapeurs-pompiers professionnels que nous associons étroitement à la mise en œuvre d’un véritable dialogue social.

A votre arrivée à la tête du Département en 2015, vous vous êtes engagés dans une politique de recrutement qui a conduit à une baisse significative des effectifs de sapeurs-pompiers professionnels et de facto, à une dégradation des conditions de travail. L’effectif des SPP est tombé à 2 034 en 2018. Monsieur Lecerf, nous prenons acte de votre engagement à remédier à ces problèmes d’effectifs d’ici la fin de l’année 2020 mais nous n’oublions pas qu’il s’agit ni plus ni moins de réparer une situation que vous avez vous même contribué à dégrader.

Cette question des effectifs doit être associé à une conception exigeante du dialogue social. Cela implique de la sérénité et du respect, ce qui a parfois manqué dans les relations depuis 2015 avec nos sapeurs-pompiers.

Le travail partenarial engagé chez nos voisins du Pas-de-Calais avec l’ensemble des parties prenantes et des syndicats démontre qu’il existe des conceptions du dialogue social plus apaisées et constructives.

Notre analyse du SDACR est globalement positive et c’est pourquoi nous avons émis un avis favorable. Nous resterons néanmoins vigilants sur sa déclinaison opérationnelle et sur la manière dont le SDIS fera face aux défis que nous venons d’évoquer.