Revenu jeunes : une urgence et une nécessité face à la crise !

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A l’occasion du Conseil départemental du 15 février, nous avons déposé avec le Groupe Communiste une motion commune pour demander de travailler sur la mise en place en urgence d’un revenu jeunes face à la crise : une initiative qui a reçu un accueil très réservé de la part du Président du Conseil départemental pour qui l’aide aux jeunes doit passer par la solidarité familiale…


Notre motion propose – en soutien aux initiatives parlementaires sur le sujet (notamment la proposition de loi déposée au Sénat « Droits nouveaux dès 18 ans) – la création d’un revenu inconditionnel pour les jeunes de 18 à 25 ans.
Il s’agit à nos yeux d’une réponse concrète et immédiate à la crise actuelle qui frappe durement les jeunes majeurs, déjà largement touchés par la pauvreté et par la précarité de l’emploi.

Le constat est terrible. Selon les chiffres du rapport parlementaire de Marie-Georges BUFFET du 16 décembre 2020 « prévenir les effets de la crise du Covid-19 sur les enfants et la jeunesse » :

– Plus de 50 % des jeunes sont inquiets sur leur santé mentale.
– 30 % des jeunes ont renoncé à l’accès aux soins pendant le Covid-19 faute de moyens.
– 700 000 jeunes vont faire leur entrée sur le marché du travail ; ils vont rejoindre les 600 000 jeunes déjà au chômage en France. C’est le plus fort contingent en Europe : 21,2 % des jeunes de 18 à 25 ans sont au chômage en France.
– 38 % de jeunes travaillent dans le cadre d’un contrat précaire, soit sans contrat, en CDD ou en auto-entreprenariat donc sans véritable droit au chômage.
– La pandémie a révélé la grande pauvreté qui se répand chez les jeunes depuis 20 ans. Entre 2002 et 2018, le taux de pauvreté des 18-29 ans a déjà progressé de plus de 50 % !

Il y a donc une situation d’urgence qui exige de repenser notre système de solidarité. A 18 ans, vous pouvez payer des impôts et contribuer à la solidarité nationale mais vous n’avez pas le droit à un minimum social.

Il nous faut une petite révolution culturelle. En effet, notre modèle familiariste de tradition judéo-chrétienne rattache les enfants à leurs parents jusqu’à l’âge de leurs 25 ans avec la demi-part fiscale, les APL ou encore les bourses étudiantes.

Il faut aussi et surtout sortir du cliché sur l’assistanat des jeunes. Non, un revenu minimum ne va pas inciter massivement les jeunes à rester à la maison plutôt que de trouver un travail. Ce n’est pas ce qui se passe dans les pays nordiques qui ont déjà ouvert les droits sociaux aux moins de 25 ans.

Il n’existe pas actuellement de filet de sécurité pour tous les jeunes. L’extension de la Garantie jeunes est nécessaire, intéressante mais pas suffisante. Elle n’a concerné que 100 000 bénéficiaires en 2019 car les conditions d’entrée excluent un certain nombre de publics. Par exemple, des jeunes salariés occupant des emplois dits alimentaires sur des contrats très courts ne peuvent en bénéficier.

Evidemment, ce minimum social aura un coût financier. Nous ne demandons pas aux départements de le financer. Il doit reposer sur la solidarité nationale. Selon une estimation réalisée par la Drees en 2016, le dispositif proposé sur un montant d’environ 500 euros par mois pourrait bénéficier à 1,4 million de jeunes majeurs, pour un coût net estimé à 5,8 milliards d’euros.

Monsieur Louis Gallois suggère de le financer par une hausse temporaire des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu versé par les 20 % ou 30 % des Français les plus riches.

Nous avons les moyens en France de financer un revenu jeunes : par le rétablissement de l’ISF par exemple. Nous pouvons en effet observer que le coût de ce minimum social se rapproche du manque à gagner pour l’Etat lié à la suppression de l’ISF et la mise en place de la flat tax (pour un coût évalué à 4,5 milliards d’euros en 2018).

Cette proposition a le mérite, dans le contexte actuel, d’apporter une première réponse aux jeunes. Il s’agit de leur mettre le pied à l’étrier et de leur éviter de s’enfoncer dans la grande pauvreté.