Ressources humaines : quelle trajectoire depuis 2015 ?

Intervention de Soraya Fahem sur la politique de ressources humaines à l’occasion du débat sur le Budget Primitif 2020.

L’examen de ce dernier Budget Primitif du mandat sonne en quelque sorte comme l’heure du bilan.

Il invite également à se pencher sur le premier rapport d’orientations budgétaires de 2016. La majorité Union pour le Nord y indiquait alors la trajectoire des effectifs permanents sur la durée du mandat avec précisément 1 050 suppressions de postes prévus entre 2015 et 2020.

D’après les comptes administratifs, entre 2016 et 2018, 397 équivalents temps plein ont été supprimés. A ces suppressions de postes, s’ajoutent également les coupes sombres dans les CDD et les contrats aidés qui se chiffrent par centaines.  

Le Département du Nord a mené un véritable plan social qui ne disait pas son nom…

Les agents départementaux ont connu depuis 2015 une réorganisation générale des services qui a conduit dans certains secteurs à une véritable désorganisation.

Au sein des DTPAS et des UTPAS, 282 postes n’étaient toujours pas pourvus en juillet 2018, ce qui a pour conséquence pour nos agents, de mener leurs missions dans des conditions de travail inacceptables, qui engendre une réelle souffrance professionnelle.

La majorité de droite a également mené une externalisation de l’entretien des collèges avec à la clé une dégradation de la qualité des services rendus auprès de nos jeunes et de la communauté éducative.

Les conséquences sont lourdes avec une perte de sens au travail, un mal-être pour beaucoup, et une fuite de compétences.

Aujourd’hui, l’affichage et la communication se veulent moins brutaux avec ce Budget Primitif. A qui ou à quoi doit-on ses évolutions ?

Peut-être ont-ils finalement été sensibles aux fortes mobilisations des agents départementaux et en premier lieu au sein des DTPAS et des UTPAS ?

Peut-être que le mouvement des Gilets Jaunes les a fait prendre conscience de l’importance de défendre la qualité et la proximité des services publics ?

Peut-être également que la mise en lumière de la dégradation continue de la politique de Protection de l’enfance a joué ?

Peut-être nos multiples interventions en séance du Conseil pour les alerter ont finalement trouvé écho au sein de l’exécutif ?

Quelles qu’en soient les raisons, nous prenons acte des intentions de recrutements qui sont devenus urgents et nécessaires.

L’augmentation du budget RH de + 9,8 millions d’euros va dans ce sens.

Néanmoins, nous notons la démultiplication des ouvertures de postes à l’externe. Si ces recrutements de contractuels peuvent sembler légitimes pour les métiers en tension, comme dans le champ des solidarités, afin de faire face à l’urgence et soulager les équipes. Néanmoins elles interrogent pour d’autres.

Globalement nous ne pouvons adhérer à cette politique de recrutement en CDD ! Au 31/12/2018, 378 contractuels occupaient un emploi permanent dont 338 en CDD !

Comment donner toutes les conditions de réussite à l’action publique que nous menons auprès de nos concitoyens les plus précaires, si nous-même jouons la carte de la précarité pour nos agents ?

Sans parler des salaires de ces agents en CDD, puisqu’il est à noter que leur traitement salarial est calculé sur l’indice le plus bas de la grille, et qu’il n’y a aucune reprise de l’ancienneté professionnelle dans le calcul du salaire.

Cela devrait également interroger sur l’organisation des concours sur notre territoire et les remontées d’informations que le Département devrait faire auprès du Centre de Gestion. Sans concours organisé, il est certain que nous n’aurons pas de candidats statutaires au recrutement. Or, cela a une conséquence importante sur le turn-over dans les équipes, la précarisation des agents contractuels et la baisse du niveau d’expertise en général.

Pour notre part, nous sommes profondément attachés au statut de la fonction publique qui seule garantit des conditions d’exercice valorisantes pour nos agents, eu égard aux difficiles et complexes missions qu’ils mènent, et qui garantit aussi une action publique de qualité pour tous nos concitoyens.

Le Département du Nord et ses agents méritent davantage qu’un management de « concept » et d’anglicismes qui propose de « développer la marque employeur » ou de participer aux « JO », ces fameuses journées de l’optimisme qui peuvent résonner chez certains comme une certaine défiance…

Les agents départementaux veulent du concret. Ils ont besoin de bienveillance, de bonnes conditions de travail et qu’on leur redonne du sens dans leurs missions.