Rapport d’orientations budgétaires : où se cache le plan de relance du Département du Nord ?

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Le débat d’orientations budgétaires était l’un des principaux points à l’ordre du jour de la Séance Plénière du 15 février. Didier Manier a défendu l’idée d’une relance économique et solidaire face à la crise sanitaire et ses conséquences brutales sur l’économie et le social.

Quelle était l’enjeu de ce débat budgétaire ?

Didier Manier : Notre débat budgétaire a lieu en pleine crise sanitaire. Les séquelles seront durables et redoutables. La pandémie ouvre un cycle de crises en chaîne comme le dit Edgar MORIN. Elle provoque également des débats de société majeurs sur notre rapport au collectif, sur le travail, sur nos services publics, sur la mondialisation, l’urgence de la transition écologique ou encore la santé environnementale. Dans ce contexte, nous devons, nous les élus départementaux, nous poser les bonnes questions. Quelle stratégie face à la crise ? Comment mieux accompagner la population nordiste ? Quelle mobilisation pour nos territoires ? En un mot, il s’agit de se donner des perspectives.

La majorité départementale, quant à elle, a surtout profité des échanges pour tenter de valoriser son bilan financier…

Didier Manier : En effet, la majorité actuelle a très peu parlé des politiques de relance contre la crise. Elle est restée rivée sur les équilibres budgétaires qui auraient selon elle été rétablis depuis 2015. C’est le discours comptable qui est le sien depuis le début du mandat. Sauf que la droite n’intègre pas l’ensemble des éléments à mettre au passif de son bilan :
– l’augmentation massive des impôts à hauteur de 300 millions d’euros sur le mandat : la culture de la recette a surtout été une culture de la ponction fiscale ;
– le tour de vis sur les dépenses de fonctionnement imposé dès 2016 à hauteur de 100 millions d’euros par an ;
– la mise en œuvre imposée des CPOM pour réduire les dotations des établissements de l’aide sociale à l’enfance, du handicap ou des personnes âgées ;
– la baisse de la masse salariale entre 2015 et 2018 qui équivaut à un véritable plan social : plus de 500 postes supprimés dans les services départementaux sur seulement 3 ans ;
– une épargne brute importante mais un niveau d’investissement médiocre : le Nord se classait en 2018 dernier département de la grande région au titre des investissements réalisés avec une dépense par habitant de 78,4 euros derrière l’Oise (162 euros par habitant), derrière le Pas-de-Calais (126 euros par habitant), derrière la Somme (122 euros par habitant) et derrière l’Aisne (87 euros par habitant).

Comment pourrait-on qualifier la gestion de la majorité sortante ?

Didier Manier : Depuis 2015, la majorité départementale applique simplement une politique de droite, classique, qui, à quelques nuances près, est la même politique appliquée dans les départements présidés par la droite.

La crise sanitaire a-t-elle infléchi les choix de la majorité sortante ?

Dans l’urgence, le Nord a été présent. Notre collectivité, nos services départementaux surtout, sont restés mobilisés. Nous reconnaissons les mesures qui ont été prises face à l’épidémie :
– distribution large d’équipements de protection sanitaire,
– paniers alimentaires pour les plus fragiles,
– fonds d’aide exceptionnelle pour les Nordistes vulnérables,
– aides à la demi-pension des collégiens,
– primes Covid accordées aux « premiers de corvée » : les agents des établissements partenaires.

Pour autant, la majorité sortante aurait dû aller plus loin. Malheureusement, elle garde le pied sur le frein. Son obsession est de maîtriser les dépenses sur toutes les politiques départementales malgré les besoins de notre population et de nos territoires.

Quelles sont vos propositions pour le budget départemental 2021 qui sera présenté au mois de mars ?

Deux stratégies sont possibles à mes yeux pour le Département du Nord.

La première est la gestion passive et passéiste. Il s’agit de continuer de s’accrocher aux ratios financiers tel un mantra en espérant passer à travers les gouttes de la crise. Dans ce scénario, les gestionnaires se lanceront dans un nouveau plan d’économies pour les services départementaux qui n’apportera aucune réponse aux enjeux actuels.

La deuxième stratégie est celle de la relance. Il s’agit de répondre à l’urgence économique, écologique et sociale. Nous souhaitons que notre Budget Primitif pour 2021 prévoit un plan de relance volontariste à l’image de plusieurs départements de gauche qui ont débloqué des fonds exceptionnels.

En Loire-Atlantique, les élus départementaux ont prévu un fonds de soutien de 2 millions d’euros pour les associations de l’éducation populaire, les structures caritatives, culturelles, sportives et environnementales. En Seine-Saint-Denis, ils ont voté un fonds de 6 millions d’euros pour les habitants fragilisés : locataires en rupture de paiement, autoentrepreneurs et jeunes en difficulté. En Haute-Garonne, c’est un fonds de 7 millions d’euros qui a été mis en place en faveur des habitants les plus précaires.

La crise est terrible. Elle appelle des réponses offensives. Il est temps de changer de logiciel au Département du Nord.