« Nord durable » : une politique qui a pris du retard face à l’urgence écologique !

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Benoît VANDEWALLE est intervenu sur le rapport principal de la Séance Plénière du 28 septembre dernier : la délibération « Nord durable » qui décline actions et objectifs dans le domaine de l’environnement.

La crise écologique fait-elle partie des urgences actuelles ?

Benoit Vandewalle : A ce stade, nous sommes encore dans le temps de l’urgence sanitaire et de nombreuses questions se posent dans notre département : comment continuer d’accompagner du mieux possible nos structures sociales et médico-sociales, comment garantir la sécurité sanitaire maximale dans les établissements scolaires, dans nos services départementaux, etc.

Cependant, nous devons déjà réfléchir au pourquoi du coronavirus. La crise du coronavirus n’est pas accidentelle. Elle est une conséquence directe des déséquilibres infligés à notre environnement. La mondialisation, la concurrence libre et non faussée, la marchandisation effrénée des biens et services, la dérégulation entraînent l’épuisement des ressources naturelles, l’instabilité économique, la montée des inégalités avec, bien sûr, des effets délétères sur le plan écologique : émissions de polluants, réchauffement climatique, dumping social et environnemental…

La crise a montré les limites de notre modèle. Le temps est venu de changer. Les nouvelles générations grandissent avec l’urgence écologique. Les marches pour le climat se multiplient depuis plusieurs années. Il y a une prise de conscience des limites de notre planète. Aujourd’hui, 86% des Français se considèrent tout à fait concernés par les crises écologiques d’après le baromètre annuel Les Français et l’Environnement. Nous devons prendre en compte cette demande et la placer au cœur de nos préoccupations.

De quelle manière notre département est-il affecté ?

BV : Notre département est directement concerné par la crise écologique. Le Nord est particulièrement exposé aux pics de pollution. Nous sommes classés parmi les régions qui respirent les moins bien en Europe avec le Rhône et l’Italie du Nord. Dans notre département, le passé industriel a laissé des traces profondes sur la qualité de l’air, de l’eau, des sols, sur la biodiversité et sur la santé. En outre, le changement climatique va avoir un impact réel sur notre région. D’après, les études, le Nord Pas-de-Calais sera la deuxième région la plus touchée sur son littoral par l’érosion après l’Aquitaine. Nous devons agir pour construire des territoires davantage résilients. Le Nord doit être au rendez-vous de la transition écologique et solidaire.

Quel est le bilan de la majorité départementale de gauche sur ce sujet ?

BV : Notre collectivité ne part pas de zéro. Dès 2001, nous avions initié dans les services départementaux un Agenda 21. Nous sommes ainsi passés en 2006 à la certification Haute Qualité Environnementale pour les bâtiments départementaux. Par la suite, nous avons développé un Plan Climat Départemental. Il s’agissait déjà, à l’époque de mettre en œuvre le télétravail ou le covoiturage. Nous avons également souhaité généraliser les achats éco responsables. Entre 2011 et 2014, nous avons enregistré une baisse de 15% des émissions de gaz à effet de serre sur les activités des services départementaux, soit 85 000 tonnes CO² évitées sur trois ans.

Quel est le bilan de la majorité départementale de droite depuis 2015 ?

BV : Malheureusement, nous partageons le sentiment que le Nord n’a pas su depuis 2015 continuer sur cette voie et accélérer le processus. A nos yeux, sur les questions d’environnement, le volontarisme politique n’a pas été au rendez-vous. La délibération cadre Nord durable a été votée en novembre 2019, plus de 4 ans et demi après le début du nouveau mandat. Les objectifs opérationnels et donc les actions concrètes n’arrivent que maintenant. Nous avons été pionniers en matière de développement durable. Nous sommes désormais dans le dernier wagon de la transition écologique.

Quelles sont les priorités pour demain au niveau départemental ?

BV : Face à la crise, le Nord doit contribuer à la relance économique vertueuse pour la transition écologique.

Un premier chantier prioritaire est celui de la rénovation thermique des logements. 28% des Nordistes sont en situation de précarité énergétique. C’est un chiffre effrayant. Le renforcement du soutien départemental à Partenord Habitat en investissement permettrait sans doute d’accélérer davantage les opérations de construction et de réhabilitation du bailleur social. Il y a un réel enjeu de soutien départemental aux bailleurs sociaux qui pourraient devenir un moteur de la transition écologique et solidaire.

La mobilité est également un enjeu majeur. Le Nord compte 4 500 km de routes départementales si mes calculs sont bons. La Covid a montré qu’il fallait investir davantage pour les cyclistes, relancer un véritable plan cyclable : augmenter le nombre de pistes et de bandes, sécuriser les itinéraires et résoudre les points noirs. Nous souhaiterions voir de véritables objectifs chiffrés sur le nombre de kilomètres cyclables.

Enfin, le Nord doit se mobiliser en soutien aux projets des communes exemplaires sur le plan de la transition écologique. Les besoins existent dans les zones rurales, périurbaines mais également dans les quartiers urbains. Nous pouvons agir afin de limiter l’empreinte écologique des équipements publics qu’il s’agisse de leur construction, de leur entretien ou de leur gestion quotidienne : chantiers bas carbone, toitures vertes, économie circulaire pour l’utilisation des matériaux ou encore développement des énergies renouvelables. Les filières existent.

L’investissement est-il le seul levier pour la transition écologique au niveau du département ?

BV : Ces prochaines années, le Nord doit d’abord investir mieux et investir plus. Nous devons rattraper notre retard sur les autres départements de la grande région. En 2018, nous investissions 78 euros par habitant contre 126 euros dans le Pas-de-Calais, 122 euros dans la Somme ou 162 euros dans l’Oise.

Mais nous devons également agir sur plusieurs préoccupations pas suffisamment pris en compte par la majorité départementale actuelle :

– la prise en compte des enjeux de santé environnementales : lutte contre les pesticides et les perturbateurs endocriniens… ;
– la question de la production d’énergie renouvelable ;
– la lutte contre la précarité énergétique ;
– la protection de la ressource en eau ;
– le soutien au développement de la filière bio dans le secteur agricole ;
– l’instauration d’objectifs sur la qualité de l’alimentation dans la restauration collective.