« Nord durable » : la majorité départementale verdit son discours !

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Martine FILLEUL est intervenue sur l’un des points principaux de la Séance Plénière du 19 novembre : la délibération « Nord durable – pour une transition écologique et solidaire » ; l’occasion de rappeler le maigre bilan et le soudain intérêt de la majorité départemental sur le sujet.

Depuis quand la majorité départementale se préoccupe-t-elle de « transition écologique et solidaire » ?

Martine Filleul : Il a fallu en réalité attendre novembre 2019, soit la cinquième et avant-dernière année du mandat pour que la transition écologique soit évoquée au sein de l’hémicycle départementale. Mieux vaut tard que jamais…

Pourtant, le département est un territoire concerné par la crise écologique ?

MF : En effet, nous sommes dans le Nord confrontés très directement aux effets de la crise écologique et ses conséquences sur la santé de la population.

En 2018, Lille était la championne de France des pics de pollution avec 67 pics de pollution aux particules PM2.5 (les plus dangereuses). L’air y était irrespirable un jour sur six. Mais c’est bien l’ensemble du département qui est particulièrement exposé. Nous sommes classés parmi les régions qui respirent les moins bien en Europe avec le Rhône-Alpes et l’Italie du Nord.

Le Nord reste également une région dotée d’une industrie lourde avec ses contraintes. Notre département compte à lui seul 27 établissements industriels classés SEVESO seuil haut, et une vingtaine classés SEVESO seuil bas. Ces chiffres situent le département au 3ème rang national en termes de risques industriels.

En outre, le changement climatique va complétement redessiner notre région. D’après les études scientifiques, le Nord-Pas-de-Calais serait la deuxième région française la plus touchée derrière l’Aquitaine.

Enfin, la qualité de l’eau n’est pas acquise pour toujours. Par exemple, le perchlorate issu de la Première Guerre Mondiale continue de polluer les sols ce qui, avec l’effet conjugué de la sécheresse et de l’appauvrissement des nappes phréatiques, menace la qualité de l’eau du robinet ; dans la métropole lilloise notamment.

Le tableau peut sembler anxiogène mais il s’agit bien du constat objectif et réel de la situation actuelle et à venir.

Le Département du Nord n’aurait rien fait jusqu’à présent en matière d’écologie ?

MF : Le Département du Nord avait lancé des chantiers ambitieux avant 2015. Nous avions initié au sein des services départementaux la démarche Agenda 21 dès 2001 avec des objectifs politiques, des innovations techniques et des réalisations exemplaires :
–          La Haute Qualité Environnementale dès 2006 pour les collèges nordistes et des Plans de Maîtrise de l’Energie dans 89 collèges qui ont permis d’économiser 40,5 millions de Kw/h depuis 2005.
–          Des repas servis en approvisionnement local avec des fruits et des légumes de saison : 1,4 million de repas sont servis dans les collèges publics.

Notre majorité s’était également engagée :
–          Contre la précarité énergétique à travers, notamment, le dispositif « Nord Énergie Solidarité » adopté en 2014 afin d’accompagner les Nordistes pour améliorer l’efficacité énergétique de leur logement.
–          Sur un schéma « Mobilité Liberté 2030 » adopté en juin 2013, basé sur le développement des routes durables, l’adoption d’un plan cyclable, la promotion des transports en commun et du covoiturage.

Nous avions aussi, dans le cadre du travail sur les contrats de territoire, réorienté les aides aux communes afin de mieux soutenir les projets exemplaires sur le plan de la qualité environnementale ainsi que les projets d’amélioration de l’accessibilité en faveur des personnes à mobilité réduite.

Du reste, nous avions développé de manière volontariste des politiques écologiques et solidaires : aides aux jardins familiaux, mise en place d’animations dans les Espaces Naturels Sensibles : les « Rendez-vous nature », « Nature et handicap » ou encore le programme « Offrons la nature aux collégiens »…

Grâce à l’Agenda 21, les services départementaux se sont glissés dans une dynamique ambitieuse. Malheureusement, ce travail n’a pas été – à nos yeux – suffisamment poursuivi et amplifié. Depuis 2015, la Mission Agenda 21 a même totalement disparu des écrans radars du Département. La transition écologique n’a plus de pilote dans les services !

Depuis 2015, le Département du Nord a donc pris du retard en matière de transition écologique ?

MF : Le nouveau volet de l’Agenda 21 départemental avait été adopté en mars 2014 après un travail participatif au cours de l’année 2013 avec les associations et les citoyens nordistes.

Pour la première fois, un Plan Climat Départemental y avait été intégré afin de référencer les bonnes pratiques des services départementaux et de définir un nouveau programme d’actions : mettre en place le télétravail, développer les aires de covoiturage, généraliser les achats éco responsables, créer un trophée départemental afin de diffuser la culture du développement durable, continuer de limiter notre empreinte écologique…

Entre 2011 et 2014, nous avons enregistré une baisse de 15% des émissions de gaz à effet de serre sur les activités des services départementaux, soit 85 212 tonnes équivalent CO² évitées sur 3 ans.

Pour rappel, nous nous étions engagés dès 2008 dans une dynamique partenariale avec la Région, le Département du Pas-de-Calais, l’État et l’Ademe afin de créer l’Observatoire du climat dont l’objectif était déjà, à l’époque, de lutter contre le réchauffement climatique.

Malheureusement, nous avons le sentiment que tout ce travail autour de l’Agenda 21 départemental est passé par pertes et profits avec le changement de majorité départementale en 2015. L’exécutif de Jean-René Lecerf n’a pas conforté et poursuivi l’ensemble des initiatives déjà lancées lors du précédent mandat. Que de temps perdu !

Pire, les financements en faveur des associations environnementales ont été diminués : la Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités, le Conseil Scientifique de l’Environnement ou encore l’ATMO et bien d’autres structures de médiation et d’éducation à la protection de l’environnement (par exemple : Chaine des terrils ou Bocage de l’Avesnois) mais également dans le domaine agricole (Campus Vert, Asso des AMAP, Campagnes vivantes).

Malgré un bilan plus que contestable, quelles perspectives dresse le rapport « Nord durable » de la majorité départementale ?

MF : Les orientations ne sont pas fondamentalement mauvaises, au contraire ; notamment sur les bonnes pratiques, les éco-gestes, au sein des services départementaux. Espérons cependant qu’il ne s’agisse pas uniquement de greenwashing car la transition écologique est un sujet sérieux, global qui nécessite un véritable changement de culture, une réorientation d’ensemble des politiques publiques et la construction d’un budget véritablement écologique et solidaire. Or, la question des moyens et des ressources reste le maillon faible du rapport.

Quels sont les manques ?

MF : Nous trouvons que cela ne va pas assez loin dans les domaines de la conversion biologique des terres agricoles, de la lutte contre les pesticides, de la lutte contre les perturbateurs endocriniens ou encore dans le domaine de la santé environnementale qui doit devenir une priorité.

Il faut pour le Département du Nord une véritable stratégie de transition écologique et sociale avec un budget d’investissement et de fonctionnement exemplaire, à la hauteur des enjeux. Ce qui n’est pas du tout acquis au vu du Rapport d’Orientations Budgétaires qui nous a été présenté en parallèle pour 2020.

L’heure n’est plus à l’« écologie de bon sens » mentionnée dans votre rapport qui serait en quelque sorte une écologie des bonnes pratiques en direction des bonnes volontés. Il ne s’agit plus de verdir l’action départementale mais de repenser l’ensemble des politiques de notre collectivité afin de proposer des perspectives globales, écologiques et solidaires.

Retrouvez ci-dessous la vidéo de l’intervention de Martine Filleul sur la délibération cadre « Nord Durable » lors de la séance plénière du 18 novembre 2019