Lutte contre les exclusions : quelle mobilisation départementale ?

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Dans le cadre du débat budgétaire, Roger VICOT est intervenu sur les sujets de l’insertion, de l’emploi, du logement et de la jeunesse : véritables cœurs de mission du département.

Notre première observation porte sur la nécessaire humilité dont tous les élus devraient faire preuve sur ces dossiers. En effet, personne ne détient la formule magique pour faire baisser massivement et durablement le nombre d’allocataires du RSA.

Nous le savons, les variations d’une année à l’autre sont liées à de nombreux facteurs mais principalement au contexte économique international, européen, national et local. Je rappelle au passage que le Nord a perdu près de 20 000 emplois sur les six premiers mois de l’année 2020.

La droite se félicite longuement dans le rapport budgétaire d’avoir mené une politique volontariste de retour à l’emploi. Selon leurs chiffres, le Nord a connu une moindre hausse du nombre d’allocataires en 2020 malgré la crise sanitaire.

Nos chiffres montrent une situation beaucoup plus contrastée :

– Premièrement, selon toute vraisemblance, le nombre d’allocataires du RSA est vraisemblablement en hausse. Entre février et septembre 2020, le Nord est passé de 102 564 à 108 240 allocataires (soit + 5,5%).

– Deuxièmement, le Nord reste le département français qui compte le plus d’allocataires du RSA. La hausse de 2,5 % sur un an entre 2019 et 2020 représente une augmentation en valeur absolue de plus de 2 700 allocataires à comparer avec une hausse de 10 % dans le département du Loir-et-Cher qui se traduit par une augmentation de seulement entre guillemets 665 allocataires. Nous voyons bien que les réalités sont totalement différentes d’un département à l’autre. Il ne sert à rien de comparer des choux et des carottes…

– Enfin, l’objectif de l’exécutif, annoncé à grand renfort de communication, était de passer sous le seuil des 100 000 allocataires d’ici la fin du mandat. Le contrat ne sera pas rempli. C’est un fait.

Que pouvons-nous en déduire ?

La lutte contre les exclusions est une politique prioritaire. Il faut travailler sur tous les leviers : ceux de l’insertion professionnelle, ceux de la formation évidemment mais également ceux de l’insertion sociale. Nous le disons depuis le début du mandat. Nous devons agir pour les plus proches comme pour les plus éloignés de l’emploi qui sont souvent aussi les plus isolés et les plus fragiles. Il s’agit peut-être d’un travail de long terme et de longue haleine mais c’est bien le rôle et le cœur de mission de notre collectivité !

Nous sommes le territoire le plus jeune de France. Nous savons que les jeunes subissent de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire. Nous avons une immense responsabilité à leur égard. Malheureusement, force est de constater que le budget départemental ne prévoit pas de nouvelles actions volontaristes pour les jeunes nordistes.

Nous devons donner une chance supplémentaire aux jeunes. Pourquoi ne pas lancer une aide volontariste pour soutenir leurs projets comme le Pas-de-Calais voisin qui apporte un coup de pouces aux initiatives individuelles et collectives des jeunes de 18 à 25 ans ?

Le logement est une préoccupation majeure avec une population nordiste nombreuse à vivre en zone tendue. Le niveau de demande pour un logement social ne faiblit pas. Nous pouvons imaginer muscler la convention avec Partenord Habitat sur le volet jeunesse, notamment dans la métropole lilloise. Quelle est notre véritable plus-value auprès des jeunes dans les quartiers prioritaires de la ville ? Il est temps d’aller plus loin sur ces sujets.

Concernant la santé, elle doit être au cœur de notre politique de lutte contre les exclusions. Il s’agit de notre bien le plus précieux mais également le plus précaire, notamment pour les plus fragiles. Nous connaissons les inégalités sociales dans l’accès aux parcours de santé. Malheureusement, durant ce mandat, aucun nouveau projet n’a été lancé sur ce sujet ô combien prioritaire. Pourquoi, par exemple ne pas expérimenter le recrutement de médecins généralistes dans les déserts médicaux ?

Enfin, la lutte contre les exclusions passe aussi par la lutte contre la fracture numérique. Le Nord pourrait encore une fois se mobiliser davantage sur cette question. Nous soutenons l’initiative Centres Sociaux Connectés ce qui est très bien. Mais pourquoi ne pas engager le département dans le pilotage d’une grande politique de lutte contre l’illectronisme avec un véritable budget dédié ? L’illectronisme handicape tout autant que l’illettrisme. Nous pourrions nous positionner comme la collectivité pilote de la médiation numérique et mettre en réseau l’ensemble des acteurs de l’inclusion numérique.