La prévention spécialisée en danger !

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Par Sébastien Duhem, Conseiller départemental du canton de Lille-3 – question d’actualité posée lors de la séance plénière de juillet 2018.

La majorité départementale a proposé en mai 2017, une refonte du dispositif des Clubs de prévention. Nous avions déjà dénoncé les nouvelles orientations choisies ainsi que la baisse des moyens financiers engagée depuis 2015 à hauteur de 5% par an.  

Nous ne l’avons pas fait par esprit de conservatisme mais parce que ces clubs, ces éducateurs de l’ombre, s’investissent pleinement dans le soutien aux populations fragilisées. Ils apportent un soutien familial, ils accompagnent les enfants en difficultés à l’école, au collège ou à l’extérieur, y compris dans les démarches, au quotidien. Ils accompagnent ou plutôt accompagnaient nombre d’enfants suivis par l’Aide Sociale à l’Enfance. Ils agissent pour l’égalité réelle.

Or, les décisions de la majorité départementale contribuent à la fois à déstructurer les actions avec les associations dans les quartiers mais renvoient un discours politique inacceptable qui consiste à considérer que « ceux qui ne sont rien », ont droit à un tout petit peu plus que rien.  Comment accepter l’abandon demain de ceux qui sont déscolarisés et éloignés de l’emploi.

La Prévention Spécialisée ne peut être une variable d’ajustement. Si nous pouvons penser que certains territoires nordistes sont sous-dotés en postes de prévention, nous ne pensons pas à l’inverse, que certains territoires soient sur-dotés.

Nous le savons et le constatons malheureusement à la lecture des statistiques, les jeunes nordistes n’ont pas tous les mêmes chances de réussite. Le taux de pauvreté des jeunes de moins de 19 ans est supérieur de 7,7 points à la moyenne nationale. En 2014/2015, un peu plus de 2 000 jeunes nordistes étaient en situation de décrochage scolaire. Près d’un jeune sur quatre âgé de 15 à 24 ans est aujourd’hui sans emploi, sans stage ni formation.

Ces chiffres nous montrent des difficultés pour la jeunesse et bien souvent le cumul d’inégalités dans notre département.

Et pourtant, aujourd’hui, le déploiement de la nouvelle politique de prévention spécialisée conduit à de nombreuses suppressions de postes nécessaires à la lutte contre ces inégalités.

Sur Lomme et Lambersart, la conséquence est la fermeture de deux structures Avenir et loisirs et Rencontres et loisirs qui mènent un travail de qualité dans la proximité.

Il est reproché à ces structures de ne plus être sur des territoires QPV alors que c’est là le paradoxe, c’est aussi la qualité de leur travail qui a permis d’en sortir.  Sur le secteur nord-ouest de la métropole, ce sont 400 jeunes qui vont se retrouver sans accompagnement. Que deviendrons ces jeunes et leurs familles ?

Au total sur le territoire de la Direction territoriale de Lille ce sont 14 postes qui sont supprimés et qui atteindront 25 d’ici la fin 2018. Or, contrairement au discours de la droite départementale, aucune création de poste n’a vu le jour dans les autres territoires.

Avec les orientations prises ces derniers mois, nous avons clairement le sentiment que c’est la disparition à terme de la prévention spécialisée dans le Nord qui se prépare.