Exploitation des terres agricoles départementale : quel modèle d’agriculture le Nord défend-t-il ?

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Virginie VARLET a interrogé l’exécutif départemental sur les terres agricoles mises en location par le Département du Nord. Existe-t-il un cahier des charges ? Cherche-t-on à promouvoir la filière bio ? Autant de questions qui se posent à l’heure de la transition écologique.

L’actualité récente a mis en lumière la problématique de la sous-location des terres agricoles dans le Nord et de leur mode d’exploitation.  La situation pose plusieurs types de problèmes.

Premièrement, les emprises sont souvent mises à disposition de nos voisins par des fermiers âgés, proches de la retraite. Elles sont donc soustraites, le temps de cette location, à de jeunes agriculteurs français qui pourraient les « reprendre » et s’installer.

Deuxièmement, de précieuses prairies sont retournées et transformées en champs de pommes de terre, des Flandres jusque dans l’Avesnois. Nous sommes ainsi confrontés sur certains secteurs à un saccage en règle des paysages de boccages et des haies qui joue un rôle majeur au sein de l’écosystème et qui présentent également un intérêt patrimonial et paysager.

Enfin, les règles entre agriculteurs ne sont pas toujours les mêmes avec nos voisins belges. Outre la distorsion de concurrence avec des charges et taxes distinctes, de nombreux riverains s’inquiètent de la nature des produits phytosanitaires utilisés et des risques qu’ils font courir sur la santé.

Pris en défaut sur ce sujet, la Métropole Européenne de Lille commence à se saisir de la question du mode d’exploitation des terres agricoles dont elle a la propriété. Plus avancée sur ce sujet, la Communauté Urbaine de Dunkerque a décidé de récupérer les 255 hectares exploités par le biais de baux précaires pour établir de nouveaux baux environnementaux tournés vers l’agriculture biologique.

Elle y voit :
– un moyen d’agir en faveur de l’emploi local puisque c’est l’agriculture bio qui génère le plus d’emplois,
– un moyen d’agir pour lutter contre la pollution de l’air et des sols, particulièrement importante sur notre territoire,
– un moyen de préserver la santé en offrant un débouché à travers la restauration collective.

Notre questionnement est donc double. De quelle manière le Département du Nord s’assure-t-il d’un mode d’exploitation de ses terres agricoles respectueux de notre environnement ? Comment le Département du Nord agit-il pour accompagner les agriculteurs qui souhaitent changer de modèle en allant notamment vers le bio et le développement des circuits-courts ?  

Sur ces deux points, les explications nous laissent malheureusement sur notre faim.

Le contre-exemple des 30 hectares de Chabaud-Latour !

Un article publié le 5 octobre dernier dans l’édition de Valenciennes de La Voix du Nord illustre la problématique de la gestion des terres agricoles propriétés du Département.

Dans ce cas précis, le Département s’apprête à vendre 30 hectares de terres agricoles situés dans le prolongement d’un site protégé, le plan d’eau de Condé. Cette vente est confiée à la SAFER dont l’objectif est de valoriser ces terres cultivables.

Derrière le discours rassurant du Département, nous découvrons que le jeu reste totalement ouvert et que le cahier des charges qui incombera aux exploitants demeure très peu contraignant. De quoi inquiéter les riverains et les défenseurs de la nature…

Alors que de nombreuses collectivités mettent en place des baux environnementaux et encourage le développement de l’agriculture biologique sur les terrains dont elles sont les propriétaires, le Département du Nord n’a établi aucune stratégie en la matière. Au risque de voir ses terres agricoles exploitées de manière intensive.