« Covid-19 » : nos priorités politiques face à la crise !

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Un débat a été organisé en séance plénière le 29 juin dernier sur la mobilisation du Département face à la crise du Covid-19. Didier Manier est intervenu pour présenter nos priorités politiques et nos propositions d’actions.

La crise du Covid-19 a-t-elle fait évoluer les positions de la majorité départementale ?

Didier Manier : La crise a changé la vision de beaucoup de citoyens et de politiques. Elle a par exemple modifié le regard sur les services publics. Pour une fois, ce n’est pas la question de leurs coûts qui était au centre du débat mais celle de leur continuité et de leurs moyens. Avec la crise, le temps est venu de nous poser les bonnes questions : la priorité est-elle le désendettement à marche forcée ou la planification des investissements afin de préparer l’avenir ? la priorité est-elle de supprimer des postes d’agents ou de préserver les effectifs et les redéployer en fonction des secteurs sous tension ? la priorité est-elle de réduire les moyens des bailleurs sociaux ou de débloquer des fonds afin d’accompagner la rénovation énergétique des logements sociaux ? la priorité est-elle encore de serrer la vis des dépenses sociales ou de contribuer au plan d’urgence afin de venir en aide aux populations précaires qui n’ont aucune responsabilité dans la crise actuelle ?

Quels sont vos points de vigilance sur la gestion de la crise au niveau départemental ?

Didier Manier : Notre département doit tout faire pour amortir le choc social. Tous les indicateurs vont dans le même sens. Avec la récession économique, l’Unédic anticipe la destruction de 900 000 emplois salariés d’ici la fin de l’année. L’intérim s’est déjà effondré à hauteur de 40 %. Les jeunes sont les premières victimes.

Nous souhaitons que les dispositifs départementaux puissent être pleinement et durablement mobilisés. Je pense d’abord au Fonds de Solidarité Logement, au Fonds Départemental d’Aide aux Jeunes et à la Garantie Jeunes, aux dispositifs de lutte contre les violences familiales, au Fonds d’Aide à la Réussite du Collégien ou encore aux associations caritatives qui doivent être encore davantage soutenues au regard des besoins en aides alimentaires.

Nous demandons la construction d’un grand plan de mobilisation à l’image de celui du Département du Pas-de-Calais. Il est urgent dans notre département de rompre avec l’austérité pour construire des politiques résilientes, de proximité, adaptées aux fragilités de nos différents territoires et aux besoins de la population.

Quelles seraient les priorités de votre plan d’urgence ?

Didier Manier : A court terme, il s’agit de panser les plaies. Mais notre objectif est bien de préparer sur du plus long terme la transition écologique et solidaire de notre territoire.

La première est la dimension humaine. La solidarité doit s’exprimer en faveur des personnes fragilisées. Nous souhaitons des mesures à la hauteur de la crise comme l’ouverture exceptionnelle des droits RSA pour les jeunes qui ont perdu leur stage ou leur emploi.

Nos efforts doivent redoubler en matière de lutte contre les exclusions. Il faut renforcer nos dispositifs d’aide contre l’endettement, d’aide à la mobilité et à la garde d’enfant, abonder le Fonds de Solidarité Logement et relancer l’activité des structures de l’insertion avec des moyens supplémentaires.

Nous avons vu comment la fracture numérique avait accentué les inégalités à l’école. Le Nord doit débloquer davantage de moyens pour l’équipement numérique des collégiens à l’image du Pas-de-Calais qui va investir 1,5 million d’euros supplémentaires sur cette politique.

Enfin, nous sommes dans l’attente d’un nouveau contrat de confiance entre le Département du Nord et les structures partenaires de nos politiques sociales afin de sécuriser leur trajectoire financière.

La deuxième dimension de ce plan est le soutien aux partenaires associatifs. Nous savons que de nombreuses structures de proximité associatives, culturelles, sportives ont vu leur activité stopper net avec le confinement. Nous pouvons imaginer, comme d’autres collectivités, la création de nouveaux fonds de soutien volontaristes afin de préserver leurs emplois et de favoriser leur reprise. La crise révèle et renforce le besoin de création, de savoir et de partage.

La troisième dimension est le soutien à l’emploi local. Le Pas-de-Calais va accélérer la reprise des chantiers en proposant une avance de 30 % sur les projets d’équipements sportifs, les projets de restauration du patrimoine et les projets liés à la lecture publique.  3 millions d’euros vont être également injectés au bénéfice de Pas-de-Calais Habitat afin de soutenir la rénovation thermique des logements.

La quatrième dimension de ce plan de reconstruction est le soutien aux collectivités, premier investisseur public en France. Le Département du Nord doit être sur les starting-blocks pour accompagner dès la formation des Conseils municipaux les projets des communes. Nous pouvons agir également davantage pour favoriser les modes doux de déplacement en milieu urbain, périurbain et rural alors que la crise montre un changement des comportements.

Enfin, la cinquième dimension est le renforcement de nos services publics de proximité. Comme l’a dénoncé le Défenseur des droits à l’occasion de son rapport annuel d’activité publié en juin 2020, « les inégalités sociales et territoriales, les reculs des services publics déjà à l’œuvre ont été exacerbés » avec le confinement.Nous souhaitons que les effectifs statutaires soient consolidés au sein des services départementaux. En outre, le recours aux nouvelles technologies doit être considéré comme un outil supplémentaire au service des usagers ; pas comme un instrument de réduction des coûts de personnels.