Budget 2016 : vers une hausse d’impôts injuste

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11130477_10203800333951994_3059934275058832724_oEntretien avec Didier Manier, Président du Groupe SRC et ancien Président du Conseil général du Nord

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L’annonce du Gouvernement de recentralisation du RSA a-t-elle fait évoluer les orientations budgétaires de la majorité départementale lors de la Séance Plénière du 21 mars dernier ?

Didier Manier : Pour la première fois depuis le transfert du RSA en 2004, un Gouvernement accepte de négocier sur le reste à charge de l’allocation qui s’élevait pour le Nord à 285 millions d’euros pour l’année 2015. Nous avons appris qu’un fonds d’urgence allait être mis en place pour 2016 afin d’aider les Départements à boucler leur budget. La recentralisation du RSA, quant à elle, serait effective à partir du 1er janvier 2017. La situation financière de nos collectivités pourrait donc s’améliorer considérablement et durablement. Nous ne comprenons pas pourquoi la majorité départementale n’a pas pris en compte ce scénario dans l’élaboration de sa stratégie budgétaire.

Augmenter les impôts et maintenir un plan d’économies drastique de 100 millions d’euros est-elle la seule stratégie possible ?

DM : Dans le débat d’orientations budgétaires, la droite a fait comme si une seule stratégie s’imposait. La leur. Ce n’est pas le cas. Il y a des alternatives. Plusieurs Conseils départementaux connaissent des difficultés financières aussi importantes que le Nord. Ont-ils choisi les mêmes options ? Pas du tout. La majorité de gauche de la Seine-Saint-Denis, par exemple, a anticipé la proposition gouvernementale en inscrivant en 2016 un budget pour le RSA égal au montant du budget 2015. Cette stratégie leur permet de prévoir un niveau élevé d’investissement à 221 millions d’euros et de maintenir l’ensemble de leurs politiques sans coupes budgétaires.

Le budget 2016 sera le premier budget élaboré entièrement par la nouvelle majorité de droite. Quelles seront les orientations budgétaires et politiques clés ?

DM : Sur le plan de la stratégie budgétaire, nous connaissons les deux éléments clés :

  • – une hausse de + 4,4 points de la fiscalité des ménages et des entreprises,
  • – un plan d’économies de 100 millions d’euros qui va toucher l’ensemble des politiques départementales, les politiques de développement volontaristes comme les politiques de protection sociale.

Sur le plan des orientations politiques car un budget est au service d’une politique, nous restons dans le flou. La majorité ne donne pas de grandes perspectives. Elle n’affiche pas de réelles priorités. Pourtant, l’improvisation n’est pas la seule méthode possible pour gérer le Département. Dans le Pas-de-Calais voisin, la majorité de gauche fait différemment. Elle a élaboré un contrat de projet ambitieux qui fixe un cap, des objectifs et un cadre d’intervention pour le mandat. Sa vertu ? Transcender le discours de crise, anxiogène et court-termiste. La majorité ferait bien de s’en inspirer !