Aménagement du territoire, écologie et investissement : quel cap pour 2020 ?

Retour sur l’intervention de Bertrand Ringot à l’occasion du débat sur le Budget Primitif 2020 du Département du Nord.

Depuis le début du mandat, nous pointons du doigt le faible niveau d’investissement du Département. Les dernières données comparatives qui se basent sur les comptes administratifs 2018 parlent d’elles-mêmes.

Avec 204 M€ d’investissement, le Nord se classait en queue de peloton des Départements de France métropolitaine. Avec 77€ par habitant, le Nord devançait juste trois autres Départements : l’Yonne, le Maine-et-Loire et la Moselle.

A titre de comparaison, en 2018, le niveau d’investissement par habitant était de 124€ chez notre voisin du Pas-de-Calais, de 120€ par habitant en Gironde ou bien encore de 137€ par habitant en Seine-Saint-Denis. La moyenne nationale est presque deux fois supérieure à celle du Nord avec 142€ par habitant (hors Paris et DOM).

C’est dire si le niveau d’investissement du Département du Nord est en décalage avec celui des autres départements.

Et pourtant, les besoins de notre territoire sont particulièrement importants et il nous faut préparer l’avenir des Nordistes.

Au Budget primitif 2019, le niveau d’investissement prévu s’inscrivait dans la même jauge qu’au Budget primitif 2018. Nous pouvons ainsi nous attendre à une forme de statu quo.

Pour ce Budget primitif 2020, vous avez enfin décidé d’augmenter plus significativement les inscriptions budgétaires avec 291,1 M€.

Si nous calquons sur cette inscription prévisionnelle le taux de réalisation du Compte administratif 2018, soit 79%, nous obtenons un niveau d’investissement de 230 M€ pour 2020. Là encore, nous pouvons raisonnablement nous dire que ce n’est pas la révolution.

Pourtant, rien qu’en arrêtant le désendettement et en stabilisant le niveau de la dette, le Département pourrait engager 30 à 40 M€ supplémentaires en investissement pour l’année 2020. C’est le Vice-Président chargé des finances qui nous le confirmait lors de la réunion des Commissions thématiques lundi dernier.

Alors pourquoi ne pas aller plus loin et être plus ambitieux en matière d’investissement ?

La réponse, nous la tenons là encore de Monsieur POIRET. Il ne servirait à rien d’ouvrir plus largement les crédits d’investissement puisque le Département ne serait pas en mesure de les consommer.

Cela confirme exactement ce que nous n’arrêtons pas de marteler depuis le début de ce mandat. L’investissement est quelque chose qui se prévoit et qui nécessite une vision du territoire. Dis autrement, les projets d’aujourd’hui sont les investissements de demain. Or, faute d’anticipation, la montée en puissance de l’investissement ne pourra se faire qu’à un horizon 2021 voire 2022. Que de temps perdu…

Le constat est cruel, la majorité départementale Union pour le Nord a passé l’ensemble du mandat à se focaliser de manière dogmatique sur la question de l’endettement.

Pourtant le niveau de la dette ne posait aucune difficulté pour notre Département. Son volume était raisonnable, sa structure était saine et bien gérée. Le choix de la stabiliser aurait pu être fait mais le désendettement massif a été privilégié.

L’économiste Daniel COHEN précisait pourtant dans le Journal du Dimanche du 8 décembre 2019 le paradoxe actuel. Je cite : « nous vivons une période étonnante, […] s’endetter c’est s’enrichir… ça ouvre une opportunité unique de lancer des projets d’investissement public pour préparer l’avenir ». 

De leur côté, la majorité départementale actuelle a préféré s’inscrire à rebours de cette stratégie et passer à côté de cette opportunité pour notre territoire et pour les Nordistes. Pourtant, tous les économistes conviennent que l’opportunité des taux bas ne durera pas éternellement.

Pis, finalement, nous pouvons faire le constat que la droite départementale a augmenté les impôts des Nordistes massivement pour les consacrer en grande partie à ce désendettement. Est-ce bien raisonnable ?

Venons-en maintenant à l’usage qui est fait de cet investissement.

Nous avons été entendus sur la nécessité d’augmenter l’enveloppe dédiée à la solidarité territoriale et les aides aux tiers, nous le saluons.

L’enveloppe d’investissement dédiée aux EHPAD augmente de 2 M€. Nous ne pouvons que nous en satisfaire.  

Mais au-delà, quelle vision d’ensemble pour l’aménagement du territoire ?

Heureusement que la majorité précédente a initié en son temps un programme de grands projets structurants sur lesquels la majorité actuelle peut encore s’appuyer. Où en serions-nous aujourd’hui sans le Canal Seine-Nord-Europe, le déploiement du Très haut débit, le doublement du métro lillois ou bien le contournement nord de Valenciennes ?

Au-delà, nous regrettons la philosophie générale de la politique d’aménagement qui privilégie le coup par coup et la logique de guichet à la vision d’ensemble que proposaient les contrats de territoire.

Clairement, le Département a renoncé à jouer son rôle d’animateur et de locomotive du territoire. D’ailleurs, ces contrats de territoire permettaient de tracer des perspectives pluriannuelles et auraient pu être un support précieux pour engager une véritable politique en matière de transition écologique. Malheureusement, dans ce domaine également, la droite ne semble pas avoir saisi l’urgence à agir.

Je retrouve ainsi les craintes exprimées à l’occasion de l’examen le mois dernier de la délibération cadre « Nord Durable ». J’indiquais alors que derrière des orientations louables, les moyens, les ressources et la méthode restaient les maillons faible du rapport. Nous en avons la confirmation aujourd’hui en examinant ce Budget Primitif 2020.

Il y a un défaut de conception profond dans votre Budget. Il considère encore l’écologie comme une politique autonome, une forme de supplément d’âme, alors qu’il devrait toucher de manière transversale nos politiques publiques.

La transition écologique et sociale nécessiterait aujourd’hui l’examen d’un budget climatique ou environnemental.
Nous voyons bien qu’il n’en est rien aujourd’hui et nous le constatons avec déception et amertume.