Aide aux collégiens : la droite départementale ne fait pas confiance aux familles nordistes !

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LECHNER-HOUZ5936Alexandra Lechner, qui suit les dossiers liés à l’éducation et aux collèges, nous explique pourquoi le nouveau dispositif qui remplace la bourse départementale porte une conception rétrograde, stigmatisante, inégalitaire et paternaliste de l’aide aux familles.

Pourquoi la majorité a-t-elle supprimé les bourses départementales attribuées aux collégiens nordistes ?

Alexandra Lechner : D’un montant de 72 euros, versée chaque année aux mois de mars – avril, la bourse départementale bénéficiait, sur condition de ressources, aux familles de collégiens scolarisés dans un établissement du département. Dès la rentrée 2015-2016, la nouvelle majorité, a souhaité supprimé le dispositif jugé coûteux en terme de gestion et redondant avec l’allocation de rentrée scolaire.

En quoi le nouveau dispositif diffère-t-il de la bourse départementale ?

AL : L’ancienne bourse bénéficiait à plus de 27 000 collégiens aux taux 2 et 3. La nouvelle aide ne concerne plus que les collégiens au taux 3 qui sont au nombre de 15 000 dans le département. Il y aura donc moitié moins de bénéficiaires ce qui permet à la majorité de réaliser une économie budgétaire substantielle sur le dos des familles nordistes… En outre, la bourse départementale était octroyée directement aux familles par lettre chèque. Désormais, l’aide matérielle ou financière sera instruite par les chefs d’établissement qui ne disposent d’aucun critère pour répondre aux demandes…

Le personnel de l’Education nationale a-t-il accepté cette nouvelle mission ?

AL : Après les retours que nous avons eu des conseils d’administration des collèges, nous pouvons constater qu’aucune véritable concertation n’a été entreprise en direction des communautés éducatives. Les chefs d’établissement se voient assignés une nouvelle mission d’accompagnement social des familles sans être agents du Département. Ce n’est pas leur rôle. Ils sont responsables de la réussite éducative des collégiens et non de leur suivi social qui appartient, notamment, aux professionnels du service départemental.

Le dispositif ne comporte pas de critères précis. Ne risque-t-il pas de générer des différences de traitement entre les collégiens selon les établissements ?

AL : Si, justement, dans certains établissements, le responsable jugera qu’une paire de baskets est indispensable à la scolarité de l’élève tandis que dans d’autres établissements, ce ne sera pas le cas. Il y aura forcément des inégalités de traitement entre les collèges et donc entre les collégiens. Ce n’est pas conforme à la règle d’égalité que nous défendons pour l’accès et la réussite de tous à l’école.

Si l’aide est instruite par le chef d’établissement, les familles dans le besoin devront donc adresser leur demande au collège que fréquente leur enfant ?

AL : En effet, les parents vont devoir s’adresser au chef d’établissement, au conseiller d’éducation ou au professeur principal de leur enfant au sein du collège. Les familles devront – devant le personnel de l’Education nationale qui décidera de l’aide – faire part de leurs difficultés financières et de leur incapacité à répondre aux besoins de leur enfant. C’est indélicat et humainement très violent.

Le nouveau système va stigmatiser les familles modestes…

AL : La Vice-Présidente en charge de l’éducation et des collèges juge que les difficultés des familles nordistes proviennent de leur incapacité à gérer leur budget. Elle considère que les parents ne sont pas fiables et qu’ils utilisent les aides sociales à mauvais escient. Elle ne s’en cache pas. Elle a d’ailleurs déclaré publiquement en réunion de commission que « l’allocation de rentrée scolaire (ARS) est rarement utilisée par les parents pour acheter une paire de baskets à leur enfant mais plutôt des téléviseurs » : des propos scandaleux qu’elle a ensuite confirmés en séance plénière. C’est dire si le soupçon pèse sur les familles nordistes !

De notre côté, nous savons bien que les abus restent marginaux. En réalité,comme le montre une enquête de la Caisse Nationale d’Allocations Familiales (CNAF), neuf allocataires sur dix utilisent l’ARS pour deux postes de dépenses principaux : l’achat de matériel scolaire et l’achat de vêtements pour la rentrée. L’aide est également parfois utilisée pour des dépenses courantes d’alimentation.

Confier la gestion de l’aide aux chefs d’établissement est donc la seule réponse de la droite départementale aux difficultés financières des familles ?

AL : Ce sont des préjugés qui ont motivé la suppression de la bourse qui bénéficiait directement aux familles. Or, une bonne politique ne se construit pas sur un cliché ! La majorité départementale ne fait pas confiance aux familles nordistes. Pourtant, ce sont bien les parents qui connaissent le mieux les besoins de leurs enfants !